
Pourquoi les marques délaissent l'IA au profit d'un contenu « humain »
L'IA générative est devenue un outil banal : l'utiliser ne prouve plus rien. Face à la lassitude du public, les marques remettent le geste humain au centre de leur communication — et les compétences qui vont avec.
L'IA est devenue un outil de production de contenu comme un autre : accessible à tous, elle ne signale plus aucune avance technologique. En parallèle monte une demande de textes incarnés, d'images et de vidéos authentiques : 52 % des consommateurs se désintéressent d'un contenu dès qu'ils le soupçonnent d'avoir été généré par IA. Pourquoi la présence humaine devient-elle une valeur en soi, et quelles compétences resteront recherchées à l'ère de l'IA ? Le point avec Anastasia Kokhaniuk, experte en communication de l'agence de relations presse ITCOMMS.
Des usages de l'IA qui font débat
Les marques essuient de plus en plus de critiques lorsqu'elles recourent à l'IA dans leur communication. Une récente enquête de Gartner montre que 50 % des consommateurs américains privilégient les marques qui n'utilisent pas l'IA générative dans leurs contenus.
En dévoilant un film de Noël réalisé avec l'IA générative, Coca-Cola entendait réinventer l'un de ses récits publicitaires les plus emblématiques. Le spot a déclenché une vague de critiques.
La campagne de Noël historique de la marque tient sa force d'une magie et d'une résonance émotionnelle que le film généré par IA ne reproduit pas. Les spectateurs l'ont trouvé sans âme et fade, privé de la chaleur qui a fait de la publicité originale un classique. Coca-Cola a bâti son image sur les émotions humaines, les fêtes et les traditions familiales : la voir diffuser une vidéo visiblement générée crée une contradiction.
Un contenu créé par des humains porte une multitude de micro-signaux : références culturelles, nuances émotionnelles, détails fortuits. C'est une manière de montrer que la marque comprend les gens et sait parler leur langue.
Un débat comparable a entouré Gucci, qui a diffusé une campagne intégralement générée par intelligence artificielle plutôt qu'une séance photo classique. Les internautes se sont demandé si le contenu IA était seulement compatible avec l'univers du luxe. Les détracteurs ont pointé des visuels artificiels, en contradiction avec l'héritage d'une maison associée à l'artisanat, au fait-main et au savoir-faire. Certains sont allés jusqu'à y voir une économie sur la production, alimentant les spéculations sur d'éventuelles difficultés financières.
Ces cas le montrent : pour une partie du public, la valeur ne tient plus au seul produit, mais aussi à la façon dont la marque porte ses idées.
La présence humaine, partie intégrante de la communication
La communication est en train de basculer. Selon le New York Times, l'une des grandes tendances de 2026 tient à la lassitude face au contenu IA parfaitement calibré et à l'attrait retrouvé pour ce qui est vivant et imparfait. Les consommateurs cherchent un lien émotionnel et paient pour une histoire et du sens, en particulier là où les écarts fonctionnels entre produits se réduisent. D'où des marques qui montrent non plus seulement le résultat, mais aussi le processus de création.
Apple a ainsi sorti un court-métrage de Noël plein de tendresse, dont les rôles principaux sont tenus par des marionnettes d'animaux de la forêt fabriquées à la main. La marque a mobilisé toute une équipe de spécialistes de l'animation de marionnettes. Dans la foulée de la première, Apple a publié un making-of à part, détaillant les coulisses de la conception des personnages, des décors et du tournage. La marque a mis en avant la valeur de la création et du travail manuel, faisant de la fabrication une composante à part entière de sa communication.
De plus en plus de marques internationales misent sur l'esthétique du fait-main. Hermès a confié l'habillage de son site à une artiste française, qui a réalisé à la main une série d'illustrations à la texture de papier bien visible, aux traits vivants et aux imperfections assumées. Loewe s'associe à des animateurs contemporains pour des vidéos touchantes dans un style anime. Porsche a diffusé un film mêlant illustration dessinée à la main et animation 3D, où le spectateur est invité à repérer des références cachées.
Cette approche insuffle de la chaleur et une signature créative reconnaissable à la communication, et distingue ces marques d'un paysage publicitaire uniforme.
Les compétences qui comptent à l'ère de l'IA
Quand la technologie rend une chose abondante et bon marché, le marché se met à valoriser ce qui résiste à l'automatisation. Avec le streaming, la musique est devenue quasiment gratuite ; dans le même temps, l'intérêt pour les supports analogiques et les concerts live a progressé, parce qu'ils offrent une expérience et des émotions. Le principe vaut ici aussi : plus l'IA fait de choses à notre place, plus ce qui ne se génère pas prend de la valeur.
Le goût pourrait donc devenir l'un des principaux avantages concurrentiels à l'ère de l'intelligence artificielle, estime le chercheur Ethan Mollick. Pour les professionnels de la communication, du marketing et du design, il sera de plus en plus déterminant de cultiver une culture visuelle, un style qui leur est propre et une capacité à trancher sur le plan créatif, plutôt que de simplement maîtriser des outils.
Il ne s'agit pas pour autant d'opposer l'humain et la technologie. L'IA générative devient aussi banale qu'internet, et son seul usage n'impressionne plus. Les consommateurs attendront des marques qu'elles s'en servent pour accélérer le service, optimiser les processus, analyser les données. Mais c'est la présence humaine qui restera le signe d'une portée culturelle, d'une confiance et d'un lien émotionnel, surtout dans les secteurs où l'identité et l'histoire de la marque comptent.
Traduit à l'aide d'un traducteur d'IA


